Accueil Tech & Web L’Algérie à l’heure de l’aventure spatiale Africaine en 2017

L’Algérie à l’heure de l’aventure spatiale Africaine en 2017

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Avant 2017, seuls quatre pays africains possédaient un engin en orbite géo-stationnaire : l’Algérie, l’Afrique du Sud, l’Egypte et le Nigéria. L’accession à ce club très restreint témoigne symboliquement d’une réussite économique. En effet, les programmes spatiaux ont un coût très élevé (20 millions de dollars pour Egypt SAT-1, lancé en 2007) et requièrent des compétences technologiques de pointe – en témoigne l’échec du lancement de troposphère 5, une fusée développée par une équipe congolaise. Désormais, l’Angola, le Ghana et le Maroc jouissent eux aussi d’un satellite en orbite.

Un outil au service du développement économique

Cette prouesse technologique constitue avant tout un atout pour le développement économique d’un pays. Les satellites d’observation, comme Egypt SAT-1, ou celui lancé en novembre par le Maroc (« Mohammed IV »), permettent de cartographier avec précision une vaste zone et d’y prévoir les conditions météorologiques. Or, certaines portions du territoire, telles que le désert égyptien ou les côtes angolaises, ne sont pas couvertes par des études topographiques actualisées. Les engins spatiaux offrent donc des données précises et précieuses pour l’exploitation agricole, la gestion des ressources naturelles, ou encore la sécurité , l’aménagement du territoire, qui représentent quatre grands défis du développement africain. De même, les satellites de télécommunications contribuent à l’amélioration de la connectivité du territoire. C’est ainsi le rôle attribué à Alcomsat-1, le sixième engin algérien mis en orbite en décembre. Par ailleurs, le Nigéria se place en tête de « la course à l’espace » africaine grâce à ses deux satellites de télécommunications NigComSat en orbite. Il est effectivement le seul pays sub-saharien à exploiter un engin européen (biélorusse) depuis 2016.

Un outil géopolitique

Toutefois, « l’accès à l’espace » est également un outil géopolitique. L’Egypte promouvait ainsi son satellite d’observation en 2007 comme un instrument de développement pacifique des pays arabes. Cependant, la capacité de voir par delà les frontières de chaque Etat peut être source de frictions diplomatiques. Le lancement récent du satellite marocain attise par exemple l’inquiétude de ses voisins espagnol et surtout algérien. En effet, il sert la volonté marocaine actuelle de se positionner en puissance régionale, en affichant une supériorité technique. C’est également cette reconnaissance que recherchent le Ghana et l’Angola en lançant leur premier engins géostationnaires cette année.

Un instrument diplomatique

Pour autant, la recherche d’un « accès à l’espace » peut être périlleuse. Bien que le Nigéria ambitionne de construire son lanceur de satellite (puis d’envoyer d’ici 2030 un nigérian dans l’espace), il n’en existe actuellement aucun sur le continent. Les pays africains dépendent donc nécessairement des puissances spatiales déjà établies. Celles-ci fournissent une assistance technique via des transferts de technologie, ou bien profitent du marché africain. Par exemple, la Nasa a aidé l’Afrique du Sud à lancer son premier satellite d’observation en 1999, alors que le dernier satellite algérien a été construit en partenariat avec la Chine. En revanche, l’engin marocain « Mohammed IV » a été acheté à un consortium franco-italien dont Thales fait partie. Le lancement d’Angosat-1 est enfin coordonné par la Russie depuis le cosmodrome de Baikonour, au Kazakhstan. La conquête spatiale représente donc un risque de dépendance. Pour enrayer cette dynamique, ainsi que pour éviter toute confrontation dans le domaine spatial – comme celle qui oppose l’Algérie à son voisin marocain – Sekou Ouédraogo, auteur de L’agence spatiale africaine, vecteur de développement, propose un programme pan-africain de coopération, sur le modèle de l’agence spatiale européenne.

L’Union Africaine a engagé en 2016 l’African Space Policy and Strategy allant dans ce sens. Le spatial a donc pour vocation de devenir une préoccupation grandissante en Afrique dans les années à venir.



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SourceLes Yeux du Monde
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